Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 22:40

 

Un joli mot de Noël pour le Défi du Samedi.

 

Ce matin, monsieur et madame Mot devaient se presser afin de faire leurs dernières emplettes pour le réveillon de ce soir. En effet, une surprise était arrivée à leur réveil et ils avaient donné naissance à leur dernier petit mot qu’ils avaient affectueusement nommé Désamoureux.

 

Ils prirent alors leur motomobile afin d’arriver au plus vite au grand magasin des mots qui était déjà assailli par les acheteurs effrénés de dernière minute. Ils n’hésitèrent pas longtemps devant les rayons et choisirent celui des mots doux. Là, les mots scintillaient de toute part, il y avait des mots qui roulaient, d’autres qui coulaient, encore qui riaient et même qui embrassaient.

 

Il y avait aussi les mots composés, madame Mot hésita d’ailleurs longtemps entre pomme d’amour et pain d’épice, mais monsieur Mot préférait arc-en-ciel. Avançant toujours dans le rayon, ils découvrirent les derniers mots à la mode dont tous les jeunes raffolaient et qui regorgeaient de j’te kiffe par ci, j’te kiffe par là. Mais pour un nouveau né, cela ne leur convenait pas.

 

Le choix devenait cornélien tellement il y avait de mots, ce qui étonna madame Mot qui ne se souvenait plus de cette période heureuse où elle et son époux se caressaient de mots tendres tels que bonheur, douceur, joie, plaisir, bonne humeur, adoration, gentillesse, délicatesse, amabilité, générosité, ravissement, beauté, etc.

Monsieur et madame Mot commençaient à se sentir tout chose, leurs cœurs fondaient devant la féerie de tous ces mots et lorsqu’ils trouvèrent enfin le mot qu’ils recherchaient tant, l’émerveillement pouvait se lire dans leurs yeux.

 

Heureux, monsieur et madame Mot, bras dessus - bras dessous, retournèrent bien vite à leur doux logis afin de préparer la fête de Noël. Ils disposèrent tous leurs mots-cadeaux au pied du sapin et réveillèrent leur progéniture aux douze coups de minuit.

 

Tous les petits mots de monsieur et madame Mot, bien qu’encore endormis, se précipitèrent devant le grand sapin qui brillait de tous feux. Chacun attrapa son paquet, excité maintenant comme une puce, et s’empressa de l'ouvrir.

 

Monsieur et madame Mot se délectaient de ce spectacle. Madame Mot saisit alors le dernier cadeau qu’ils avaient acheté quelques heures plus tôt et l’offrit à son petit dernier qui n’osait s’approcher. Le petit Désamoureux déchira le papier. Son visage s’illumina d'un grand sourire lorsqu’il découvrit le mot Amour.

 

Par Borsolina - Publié dans : Le clavier
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 07:37


Cher Monsieur Van Rompuy,

 

            J’ai l’honneur de m’adresser à vous suite à l’annonce parue ce jour dans Le Petit Journal, et de vous proposer ma candidature pour ce nouveau poste de travail.

 

            Je pense requérir toutes les qualités pour être le mieux à même de remplir les fonctions de cet emploi. En effet, sans être exhaustive, en voici la liste :

 

            - La patience :

Ma qualité première et primordiale pour ce travail, à mon humble avis, est la patience. Je suis également doué d’une grande retenue et maitrise de soi ayant pratiqué le yoga durant de nombreuses années.

 

- La politesse :

Etant issu d’une famille aristo-catholico-bourgeoise, j’ai baigné durant toute mon enfance dans un univers où la bienséance et les bonnes manières étaient de rigueur. Il ne saurait être acceptable de se laisser aller et de répondre effrontément à un client.

 

            - La pédagogie et la diplomatie :

            Je suis en mesure d’écouter longuement les plaintes et complaintes des usagers. Ayant un doctorat en psychologie et une maitrise en sophrologie, je saurai les rassurer, trouver les mots adéquats afin de les apaiser et de leur permettre de retrouver leur bonne humeur.

 

            - La disponibilité :

Je serai à même de me rendre disponible à toute heure du jour et de la nuit, et ce, sept jours sur sept, toute l’année. J’ai par ailleurs obtenu il y a peu une greffe de téléphone.

 

            - Multilingues :

            Je parle toutes les langues du monde, et par conséquent je pourrai satisfaire toutes demandes.

 

            - L’adaptabilité :

            Je suis doué d’une grande aptitude à la malléabilité, je saurai m’adapter à toute sorte de clients : un travailleur licencié en colère contre son patron, un usager du métro en rage contre les transports en commun en grève, un mari violent remonté contre sa femme, une mère au foyer exaspéré par ses enfants, un élève furieux contre son professeur qui lui aurait donné une mauvaise note, un client mécontent du service après vente de son fournisseur d’accès à internet, etc.

 

            - Expériences personnelles :

            Ayant moi-même été régulièrement dans des situations similaires à vos futurs utilisateurs, mon expérience est un atout considérable et nécessaire à la compassion à laquelle s’attend votre clientèle.

 

            Voici les raisons pour lesquelles je pense être la personne idéale pour le poste proposé.

 

            Vous remerciant d’avance d’avoir pris le temps de lire cette lettre,

 

            Je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’assurance de ma parfaite considération.

 

                                                                       Juste Parfait

 

 

Pour les éditions du Défi du Samedi, la création d'un nouveau job européen : ici, bouc-émissaire!


Par Borsolina - Publié dans : Le clavier
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 08:14

 

 

Derrière la porte du Défi du samedi, se garde un secret bien caché...

 

 

 

Ah les ados !

 

C’était pour ce soir, Mathieu l’avait décidé. Depuis qu’il avait vu cette inscription à l’intérieur de la porte de la grande armoire de l’aumônerie, il n’arrêtait pas d’y penser. Il avait d’ailleurs appelé Samy pour la lui montrer et celui-ci avait lu :

 

A la nuit tombée

Ce n’est pas par pur hasard

La porte du jardin

 

 

et s’était écrié :  

 

- Ben la porte du jardin quoi ? Ca veut rien dire ton truc, c’est trop naze ! Pfff

Mathieu lui avait alors répondu :

- Mais arrête ! Tu sais bien : la porte au fond du cloitre, parait qu’il y a un passage secret qui mène direct au dortoir des filles. C’est de notoriété m’enfin ! Même mon frère m’en avait parlé à l’époque où il était pensionnaire lui aussi.

- N’importe quoi ! Quelque chose en toi ne tourne pas rond mon pote ! Tu rêves, on pourra jamais rejoindre les filles.

- Crois-moi, on tente ! Viens on va chercher Flo, j’suis sûr qu’il sera partant !

- Ca c’est vraiment toi… quand t’as une idée en tête tu l’as pas ailleurs !

 

Le soir venu, les garçons attendirent l’extinction des lumières du pensionnat pour filer en douce dans la cour. Ils traversèrent le cloitre en courant, la pénombre leur glaçait déjà le sang lorsqu’ils arrivèrent essoufflés devant la porte. Samy commençait déjà à trépigner et essayait de dissuader ses deux amis. Mais ils ne lui laissèrent pas le choix et commencèrent à traficoter la serrure rouillée de la porte. A leur grand étonnement, celle-ci n’était pas verrouillée et s’ouvrit dans un grincement qui aurait réveillé un mort. Les trois copains se trouvaient alors devant cette entrée plongée dans le noir. Mathieu dit : « Allez les gars, à vos lampes-torches, on y va. » Mais malgré son ton autoritaire et l’excitation de l’expédition, on pouvait déceler une légère inquiétude dans sa voix. Il entra le premier, pour donner l’exemple. Mais surtout il ne voulait pas perdre la face en se dégonflant.

Ils avancèrent alors dans une sorte de petit tunnel vouté en pierre. Le sol en terre battue craquait sous leurs pas. Ils ne disaient mot.

Rapidement, les trois garçons arrivèrent à un croisement : le passage se partageait en trois. A droite et au centre, le tunnel semblait continuer, alors qu’à gauche, il y avait un escalier. Flo, surnommé monsieur GPS, dit que l’escalier semblait trop près de la porte pour mener au dortoir des filles. Il restait alors le tunnel de droite et celui du milieu, Samy proposa celui de droite, Mathieu et Flo s’exclamèrent alors : « On prend celui du milieu ! »

Alors qu’ils longeaient le passage souterrain depuis quelques minutes, la lampe de Samy rendit l’âme. Ses deux amis éclatèrent de rire. Mais tandis qu’ils se moquaient gentiment de leur camarade, ils ne firent pas attention au sol qui se dérobait sous leurs pieds. Les trois garçons hurlant glissèrent sur une pente très raide et tombèrent dans une grande galerie. Samy pleurnichait et reprochait à Mathieu de l’avoir entrainé dans cette aventure. Mais Mathieu et Flo étaient subjugués par le lieu où ils se retrouvaient.

La grotte, immense, était magnifique. Elle était creusée à même la pierre et de nombreuses sculptures très étranges tapissaient les parois. Les garçons, intrigués, s’approchèrent en silence afin d’admirer ce magnifique tableau.

- Dis, Math, tu sais ce que ça représente ?

- Non, aucune idée… D’où ça sort ça ? C’est vraiment bizarre…

Leurs lampes parcouraient lentement les murs puis le plafond. C’est à cet instant que les garçons virent des milliers de petits yeux qui brillaient dans le noir et les regardaient. Samy, sautant dans les bras de Flo, poussa un cri strident et les milliers de paires d’yeux commencèrent à bouger dans tous les sens. Les chauves-souris, gardiennes tranquilles de ce temple, s’envolèrent toutes en même temps dans un brouhaha terrible et plongèrent tout droit sur les trois amis. Mathieu cria : « Courez, courez !!! ». Ils se mirent à courir aussi vite que leurs jambes le leur permettaient vers un autre tunnel qui se trouvaient dans le fond de la galerie. Virage à droite, virage à gauche, tout droit, « plus vite, plus vite » une petite montée, encore tout droit, le bruit des volatiles derrière eux s’amenuisaient au fur et à mesure de leur fuite, mais les enfants galopaient toujours jusqu’au moment où ils finirent par retomber sur le premier croisement qu’ils avaient vu après avoir passé la porte du cloitre. Ils étaient revenus à leur point de départ. Ils n’hésitèrent qu’un quart de seconde, et d’un signe de tête, se dirigèrent vers la sortie. A toute vitesse, ils arrivèrent devant la porte qui était maintenant fermée, mais impossible de l’ouvrir malgré les coups qu’ils lui assenaient. Il ne restait alors qu’une solution : l’escalier. Obligés de rebrousser chemin, il ne leur fallu pas longtemps pour grimper quatre à quatre les marches de l’escalier surplombé par une autre porte. Elle était fermée elle aussi. Ils tambourinèrent de leurs poings en criant à l’aide quand enfin ils entendirent le cliquetis d’une clé de l’autre côté. « Vite, vite, ouvrez-nous ! » La porte finit par céder, les garçons se précipitèrent à l’intérieur. « Mais que faites-vous là ? » leur aboya madame de Bouveret. Ils avaient atterri dans la chambre de la surveillante générale du pensionnat des filles.

 

Par Borsolina - Publié dans : Le clavier
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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 11:25

 

SAV SONIQUELÉTOUS*

8bis, rue des Boulets

92361 PERDUVILLE-LES-OIES

 

 

                                                                                              A Perduville-les-Oies

                                                                                              Le 31 octobre 2009

 

 

 

Cher Monsieur,

 

            Nous avons bien reçu votre courrier en date du 1er juillet 1988 et la société SONIQUELÉTOUS vous remercie de votre achat.

            Le matériel que vous avez acheté est l’un des plus performants du marché, en avance sur son temps et très simple d’utilisation.

            Afin de vous donner entière satisfaction, toute l’équipe technique de SONIQUELÉTOUS s’est mobilisée afin de répondre à vos questions.

 

            Votre première question concerne la programmation de la fonction enregistrement de votre magnétoscope. Sachez dans un premier temps que le modèle en votre possession est équipé de deux têtes, ce qui vous donnera une qualité d’image exceptionnelle.

            Après avoir inséré votre disquette dans le lecteur, il vous conviendra d’appuyer sur la touche i de votre télécommande (si celle-ci ne faisait pas partie de votre colis, je vous invite à appeler notre service téléphonique au numéro figurant en entête de ce présent courrier, puis taper 1). Une fois le menu affiché sur l’écran de votre téléviseur, choisissez l’option « enregistrement », puis avec les flèches de la télécommande, déplacez le curseur une fois à droite, puis trois fois en bas, puis deux fois à gauche, là, et seulement à ce moment précis, cliquez sur « programmation ».

            Il ne vous restera plus qu’à entrer le numéro de la chaine (attention notre produit n’est configuré que pour les six chaines nationales), le jour, l’heure, la durée et le mode.

            Dans l’hypothèse où notre explication vous semblerait insuffisante, je vous recommande d’appeler à nouveau notre service vocal au même numéro que précédemment. Cette fois-ci, vous ne taperez rien.

 

            Votre seconde question concerne le branchement dudit magnétoscope via un décodeur CANAL X. Toutes les données nécessaires à cette manipulation figurent en page @ du manuel d’utilisation. Si malencontreusement votre colis ne contenait pas de manuel, vous pouvez en demander un autre exemplaire toujours à notre hôtesse qui se fera un plaisir de vous répondre. Dans ce cas, tapez 3615 et demandez Ulla. Dans l’hypothèse où vous seriez en possession d’un manuel mais version chinoise, coréenne, malaisienne ou thaïlandaise, vous pouvez le renvoyer à l’adresse figurant dans la note** ci-dessous.

            Néanmoins, la confiance que vous portez à notre société nous incite grandement à vous apporter une aide immédiate.

            Aussi, vous devez vous munir des 5 fils : bleu, blanc, bleu, rose et jaune figurant dans le colis*** puis branchez le fil blanc et le fil bleu ensemble. Le fil blanc sera ensuite branché au poste de télévision à l’emplacement prévu à cet effet et le fil bleu à votre décodeur. Branchez ensuite le fil bleu au magnétoscope en case deux situé à l’arrière dudit magnétoscope. Si vous n’avez pas de case deux à l’arrière de votre magnétoscope, ne le branchez pas, ce fil ne sert à rien. Hé oh Gégé, tu peux parler un peu moins fort quand tu téléphones à ta poule, on s’en fout de son 90B, j’essaie de me concentrer là, avec ce foutu courrier. Enfin, tu branches le fil vert entre le magnéto et ta télé. Là, tu pourras enregistrer tous tes programmes préférés****.

 

            En espérant t’avoir totalement renseigné, toute l’équipe de SONIQUELÉTOUS se tient à ta disposition pour toute autre demande (mais ça ne veut pas dire que tu peux en abuser, on a une vie nous aussi).

 

            Cordialement, Guigui*****.

 

 

 

* Société anonyme au capital très très variable avec directoire et conseil de surveillance.

** SONIQUELÉTOUS & CO, 8bis et 32, rue des Boulettes - 92361 Trouville

*** Si vous ne possédez pas ces fils, nous ne pouvons rien pour vous.

**** Hé hé, alors on matte CANAL X en cachette ?!

***** Si ça ne marche pas, jette-le !

 

 

Ecrit pour le Défi du Samedi qui nous avait gratinés cette semaine avec une consigne bien alambiquée!

Par Borsolina - Publié dans : Le clavier
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 08:27

 

                     Pour le Défi du Samedi :

 



Once upon a time…

 

 

Le chargement du bateau mettait tout le port en effervescence. L’expédition qui se préparait à larguer les amarres était signe d’espoir pour tout un peuple. Les esclaves noirs, entonnant des chants joyeux, faisaient rouler de gros tonneaux remplis de toutes sortes de denrées et les plaçaient à fond de cale. Le voyage allait être long, les hommes le savaient mais étaient enthousiastes à l’idée de rejoindre le nouveau monde prometteur de richesse et de réussite. Après avoir mis à bord les félins éradicateurs de rats, le vaisseau s’éloigna du quai sous l’applaudissement et les sifflements de la foule qui s’était donnée rendez-vous.

 

La mer était belle et calme quand le Bounty prit le large. L’équipage était commandé par le très célèbre capitaine Jack Sparrow, lui-même secondé par Clark Gable et son fils Télémaque. Le vent gonflait les voiles du lourd navire qui filait à vive allure, le soleil brillait, l’équipage se sentait en confiance et ne se doutait pas qu’il allait subir la colère de Poséidon. Ce qui arriva après trois semaines de voyages : le ciel s’assombrit subitement, la pluie commença à s’abattre sur le pont, les éclairs déchiraient les nuages ponctués par de fracassants coups de tonnerre. La mer était maintenant déchainée et formait des creux de plus de dix mètres. Les hommes, trempés jusqu’aux os, apeurés, continuaient de répondre aux ordres de leur capitaine qui essayait tant bien que mal de tenir la barre. Puis, une vague plus haute que les autres vint s’abattre sur le Bounty qui se brisa dans un craquement terrible. Les marins hurlaient, se débattaient, essayaient de s’agripper à une planche ou un bout de mât. La dernière chose que vit Jack tombé à l’eau, avant de couler emporté par le courant, fût son ami Clark et son fils accroché à un radeau de sauvetage.

 

Jack savait que ça ne servait à rien de se débattre, il connaissait bien les courants marins pour les avoir étudiés, et préférait voir arriver sa mort sereinement et avec dignité. Ce n’était qu’une question de secondes, son souffle retenu jusqu’au bout, il ouvrirait alors sa bouche machinalement pour chercher l’air et dans une grande aspiration, ses poumons se rempliraient d’eau, le faisant s’étouffer, et ainsi sombrer au fond des océans.

 

Mais tandis qu'il glissait lentement vers les abîmes, il se sentit enlacé par quelque chose de froid, flottant au milieu d'une épaisse chevelure, qui lui prit la bouche et lui injecta une grande bouffée d'oxygène. Jack qui reprit alors des couleurs écarquilla les yeux, et en resta presque bouche bée, faillant boire la tasse pour de bon cette fois-ci. Il se ressaisit et dévisagea sa sauveuse : une sirène! Jack en avait entendu parlé maintes fois, mais n'avait jamais crû à ces chimères. Elle lui prit à nouveau la bouche pour le faire respirer. A la place des jambes, elle avait une grande queue couverte d’écailles avec un voile magnifique, auréolé de vert et de bleu scintillants. Son buste était bien celui d'une femme, avec une belle poitrine, mais son visage était vraiment très  ingrat. Jack, amateur de belles femmes, sembla décontenancé.

 

La sirène, dans un grand sourire qui dévoila toutes ses dents jaunies et cariées, prit Jack dans ses bras et se mit à nager telle une fusée. Elle fendait l'eau, à défaut d'air, croisant des petits poissons de toutes sortes qui se retrouvaient à faire des roulés-boulés à leur passage. Jack n'en croyait pas ses yeux devant la magnificence des fonds marins. Lui qui croyait que tout n'était qu'obscurité, au contraire, tout un petit monde existait et vivait sous ces millions de mètres cubes d'eau.

 

Ils arrivèrent enfin à destination et pénétrèrent dans une sorte de bulle qui semblait être le royaume des sirènes. Jack fut surpris de pouvoir respirer normalement, ce qui n’était pas un luxe ! La sirène s’adressa alors à lui : « Bonjour humain, je m’appelle Arielle ». Jack ne savait s’il devait répondre ou partir en courant, mais la seconde option n’était pas envisageable. Il répondit alors : « Je vais me réveiller, je suis mort, ou alors… », mais avant qu’il n’eut le temps de finir sa phrase, Arielle le rassura en lui disant qu’effectivement tout cela devait lui semblait très étrange mais qu’il n’avait rien à craindre. Elle le prit par la main et lui expliqua qu’elle allait le présenter à leur roi, son père. Arrivé à la cour, Jack se sentit dévisagé de toutes parts, mais ce qui le mettait le plus mal à l’aise est que toutes les sirènes qu’il croisait étaient plus affreuses et laides les unes que les autres. C’était un cauchemar pour Jack, il n’était pas question qu’il resta une minute de plus ici.

 

Le roi qui semblait très vieux au vu de sa longue barbe blanche s’approcha de Jack et lui dit : « Bienvenue humain, nous sommes ravis de t’accueillir parmi nous, cela est si rare d’avoir des visiteurs. Nous sommes tes hôtes, dis-nous ce qu’il te ferait plaisir ». Sans hésiter, Jack répondit qu’il voulait rentrer chez lui. Toutes les sirènes poussèrent un soupir en même temps, et baissèrent la tête. Le roi lui dit alors « Qu’il en soit ainsi humain, nous ne pouvons te retenir ici contre ton gré. » Il désigna une grosse bulle à Jack posée sur un gros coquillage en forme de cône et lui dit de s’asseoir dedans. Une fois assis, le coquillage se mit à vrombir très fortement, la bulle était secouée dans tous les sens et d’un coup sec fût propulsée à travers les eaux vers la surface.

 

Lorsque Jack se réveilla, il était allongé sur le sable, à moitié dans l’eau. Le soleil le chauffait lentement, tout était calme autour de lui. Se relevant, il aperçut au loin son vieil ami Clark et son fils Télémaque courant vers lui et criant : « C’est Jack, c’est Jack, il est vivant ! »

 

Par Borsolina - Publié dans : Le clavier
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